Accueil > Suisse

Malgré les apparences, la Suisse n’offre pas un contexte très favorable à l’allaitement maternel, avec une application très restreinte du Code International.

En conséquence, elle offre une faible protection des plus jeunes consommateurs et de leurs parents face à l’importante promotion de substituts de lait maternel, biberons et tétines, et une protection de la maternité certes existante mais faible par rapport aux pays nord-européens faisant état de taux d’allaitement plus élevés. Les risques de conflits d’intérêt sont nombreux et la formation des professionnels de santé demeure insuffisante.

La Suisse n’a pas développé de stratégie cohérente de protection promotion et soutien de l’allaitement maternel, contrairement à d’autres pays européens, et aux recommandations de la Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant adopté par l’Assemblée Mondiale de la Santé en 2002. Peu de ressources sont disponibles pour financer des projets de protection promotion et soutien de l’allaitement maternel au niveau national et cantonal.

Bien que les taux d’allaitement aient augmentés en Suisse ces 20 dernières années, la Suisse peut mieux faire pour protéger ses plus jeunes consommateurs et leur permettre, selon l’article 24 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, Observations Générales 15 et 16, d’atteindre le plus haut niveau de santé possible.

Selon UNICEF Suisse, responsable de l’Initiative Hôpitaux Amis des Bébés IHAB, la Suisse occupe une position de leader en Europe concernant la promotion de l’allaitement maternel, puisque près de la moitié des bébés naissent aujourd’hui en Suisse dans des établissements certifiés. Pourtant, les directives de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sont loin d’être appliquées de manière satisfaisante puisque seuls 14% des nourrissons sont nourris exclusivement au sein jusqu’à la fin du 6e mois et la durée moyenne de l’allaitement n’est que de 31 semaines selon la dernière enquête nationale sur l’alimentation 2003 .

L’indicateur allaitement de l’enquête suisse sur la santé 2012 a certes montré que presque 90 % des femmes ont allaité leur dernier-né, et plus de la moitié d’entre elles durant plus de trois mois ; cependant, entre 2002 et 2007, la proportion de mères qui n’ont pas allaité n’a guère changé. En revanche, les mères ayant allaité durant plus de trois mois étaient plus nombreuses en 2007.

Des données plus récentes sur la mise en œuvre des recommandations de l’ OMS (initiation de l’allaitement dans l’heure suivant la naissance, allaitement exclusif pendant 6 mois, et poursuite de l’allaitement maternel pendant 2 ans ou plus) ne sont malheureusement pas disponibles pour la Suisse (Rapport mondial sur la situation des enfants UNICEF). En outre, les recommandations nationales en matière d’allaitement maternel ne sont pas toujours alignées sur les recommandations OMS.

Si la Fondation Suisse pour la promotion de l’allaitement maternel, et l’Office Fédéral de Santé Publique font clairement référence aux recommandations OMS, la position de la Société Suisse de Pédiatrie prête à confusion, puisqu’elle recommande l’initiation de l’allaitement dans les 2 ou 3 heures suivant la naissance, en contradiction avec l’OMS. La Commission de Nutrition de la même Société Suisse de Pédiatrie, stipule pourtant que « les recommandations de l’OMS peuvent s’appliquer aussi en Suisse, cependant avec la restriction qu’individuellement l’introduction des aliments de complément est possible et, dans certaines situations, raisonnable à partir du cinquième mois de vie au plus tôt ». L’introduction de solides à 4 mois (ou à partir du 5ème mois), aussi recommandée par la Société Suisse de Nutrition, est pourtant aussi contraire aux recommandations de santé publique l’OMS (à 6 mois, ou à partir du 7ème mois).

Pour finir, en Suisse, il est rarement mentionné que l’allaitement peut être recommandé au-delà de 2 ans (recommandation OMS). La recommandation d’allaiter 2 ans en soit, certes reprise en Suisse, suscite encore des controverses. En matière de protection des enfants non allaités, la Suisse n’a pas adopté les Directives OMS et FAO 2007 de préparation, conservation et manipulation dans de bonnes conditions des préparations en poudre pour nourrissons. Au contraire, la Société Suisse de Pédiatrie, tout en faisant référence à l’OMS, conseille de « réchauffer l’eau à >70 degré C, de la laisser refroidir avant de préparer le biberon de lait et de le donner au bébé à température corporelle (Paediatrica 2013)». Ceci diffère totalement des recommandations réelles de l’OMS, qui au contraire demandent d’effectuer la préparation (mélange poudre – eau) à température supérieure à 70 dégré C, puis de laisser refroidir avant consommation- ceci pour protéger des infections dues à la présence de bactéries dans la poudre de lait, qui n’est pas stérile.

Force est de conclure que la protection, la promotion et le soutien de pratiques optimales d’allaitement n’est pas encore une réalité en Suisse aujourd’hui. Pour les mères et le grand public, les messages demeurent contradictoires, et la Suisse ne figure pas parmi les pays offrant un environnement favorable à des pratiques d’allaitement optimales. Pour les mères, et les parents, qui font toujours au mieux pour leurs enfants, le sentiment de culpabilité prime souvent, et pourtant, à qui la responsabilité ?

Liens utiles