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Dans le cadre du passage de la Suisse devant le Comité des Droits de l’Enfant en janvier 2015, IBFAN-GIFA a présenté un rapport alternatif sur la situation en matière d’allaitement maternel et d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant dans le pays.

En Suisse, les quelques indicateurs relatifs à l’allaitement disponibles révèlent des chiffres préoccupants: le taux d’initiation précoce de l’allaitement plafonne à 66% et le taux d’allaitement exclusif à 6 mois n’est que de 14%.

Le rapport IBFAN met également en évidence l’absence de stratégie cohérente portant sur la protection, l’encouragement et le soutien à l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant au plan national, ainsi que le manque de volonté politique, de planification et de ressources pour créer un environnement favorable à l’allaitement maternel et ainsi permettre aux parents de prendre les bonnes décisions concernant l’alimentation de leur enfant sur la base d’informations correctes et neutres.

Par ailleurs, la protection de l’allaitement contre les pressions commerciales est insuffisante: en effet, la loi suisse ne couvre pas toutes les mesures du Code international et ne s’applique qu’aux préparations pour nourrissons de moins de 6 mois; de surcroît, le suivi de cette législation n’est pas mené de façon indépendante, puisque le panel responsable du suivi est composé à part égale d’experts et de représentants de l’industrie alimentaire pour bébés. Par conséquent, il est fréquent que les mères de nourrissons de 4 mois reçoivent des échantillons de laits de suite et d’aliments de complément.

Enfin, le manque de formation à l’allaitement destinée aux professionnels de santé et organisée de manière indépendante de l’industrie de l’alimentation infantile pose problème. Il en résulte fréquemment une mauvaise information des parents par les soignants, qui se retrouvent souvent dans des situations de conflits d’intérêt engendrées par les liens financiers étroits existants entre leurs associations professionnelles et l’industrie alimentaire pour bébés.

Par ailleurs, IBFAN-GIFA a contribué au rapport du réseau des ONG suisses pour les droits de l’enfant  sur la situation des droits de l’enfant en Suisse .

En matière de protection, promotion et soutien à l’allaitement maternel et à l’alimentation de l’enfant, la Suisse n’est pas bonne élève :

Extrait du rapport des ONG 2013 sur l’allaitement maternel :

(…) Le rapport du gouvernement fait état d’un taux d’allaitement maternel en légère hausse (N 249). Mais la Suisse est encore loin malgré tout de satisfaire aux recommandations de l’OMS qui préconisent un allaitement complet et exclusif jusqu’à l’âge de six mois et la poursuite de l’allaitement maternel parallèlement à l’introduction d’aliments solides. La Suisse n’a pas mis en place de stratégie nationale ni débloqué les ressources nécessaires au plan des finances et du personnel pour promouvoir l’allaitement maternel et une alimentation saine des nourrissons et des enfants en bas âge. En revanche, il faut citer en exemple le projet de la direction de la santé du canton de Genève intitulé «Marchez et Mangez Malin !» qui prévoit des mesures spécifiques pour encourager l’allaitement maternel. Par ailleurs, il existe trop peu de possibilités de formation et de sensibilisation indépendantes pour les professionnels (médecins, pharmaciens). Le Code international sur la commercialisation des substituts du lait maternel ainsi que les résolutions finales de l’Assemblée mondiale de la santé sont insuffisamment ancrés dans le droit suisse. Le code de conduite des fabricants concernant la commercialisation des substituts du lait maternel en Suisse ne s’applique qu’au lait initial pour nourrissons jusqu’à six mois et non pas aux premiers aliments solides, aux autres substituts du lait maternel, aux biberons et aux tétines (…)

Extrait du rapport sur le congé parental pour soigner les enfants malades :

(…) Les parents actifs dont les enfants sont malades n’ont pas le droit, selon la loi, à un congé approprié payé pour soigner leurs enfants. Certains employeurs autorisent gracieusement l’absence non payée ou payée des parents quand leurs enfants ont besoin de leur présence. Il faut noter que la Suisse a un peu amélioré entre-temps la protection de la maternité en introduisant l’allocation de maternité et en ratifiant la Convention de l’OIT No 183.
Les mères ont droit à 14 semaines de congé maternité payé et après la reprise de leur activité, le droit d’avoir des pauses rémunérées pour allaiter durant leur temps de travail. Dans l’ensemble, les conditions cadre restent toutefois en retrait des standards reconnus en ce qui concerne la protection de la maternité et les soins d’enfants malades. (…)