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Immunologie – l’allaitement confère des facteurs immuno-protecteurs au bébé et l’aide à construire son système immunitaire.

22 mars 2022

L’allaitement maternel est aujourd’hui plus important que jamais en tant qu’alimentation optimale de l’enfant d’une part, et d’autre part en raison de son rôle fondamental pour soutenir et construire le système immunitaire humain.

Covid-19, allaitement, lait maternel et système immunitaire

  • Didikoglu A et al. Early life factors and COVID-19 infection in England: A prospective analysis of UK Biobank participants (Feb 2021) https://doi.org/10.1016/j.earlhumdev.2021.105326 « The odds of contracting COVID-19 were 12% lower among respondents who were breastfed when they were babies. »
  • Pace et al COVID-19 and human milk: SARS-CoV-2, antibodies, and neutralizing capacity in Milk produced by women with Covid-19 (2020, Oct 21)https://journals.asm.org/doi/10.1128/mBio.03192-20#
  • Tong et al, Mother’s Milk May Inhibit COVID-19 (2020, Sept 29) https://www.medscape.com/viewarticle/938228?nlid=137631_2046&src=WNL_mdplsnews_201002_mscpedit_peds&uac=104320SJ&spon=9&impID=2599391&faf=1 Mother’s milk could help treat or prevent the coronavirus.
  • Van Keulen et al, Breastmilk; a source of SARS-CoV-2 specific IgA antibodieshttps://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.08.18.20176743v1 The research so far seems to back this up. Scientists at Amsterdam University say they have found multiple lines of evidence on the presence of a variety of antibodies that are effective against SARS-CoV-2 in the breastmilk of corona-affected women, with no such antibodies present in the controls.
  • Groß R, Conzelmann C, Müller JA, Stenger S, Steinhart K, Kirchhoff F, Münch J. 2020. Detection of SARS-CoV-2 in human breastmilk. Lancet 395:1757–1758.
  • Buonsenso D, Costa S, Sanguinetti M, Cattani P, Posteraro B, Marchetti S, Carducci B, Lanzone A, Tamburrini E, Vento G, Valentini P. 2020. Neonatal late onset infection with severe acute respiratory syndrome coronavirus 2. Am J Perinatol 37:869–872.
  • Kirtsman M, Diambomba Y, Poutanen SM, Malinowski AK, Vlachodimitropoulou E, Parks WT, Erdman L, Morris SK, Shah PS. 2020. Probable congenital SARS-CoV-2 infection in a neonate born to a woman with active SARS-CoV-2 infection. CMAJ 192:E647–E650.
  • Tam PCK, Ly KM, Kernich ML, Spurrier N, Lawrence D, Gordon DL, Tucker EC. 2020. Detectable severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (SARS-CoV-2) in human breast milk of a mildly symptomatic patient with coronavirus disease 2019 (COVID-19). Clin Infect Dis doi: https://academic.oup.com/cid/article/72/1/128/5848850
  • Chen H, Guo J, Wang C, Luo F, Yu X, Zhang W, Li J, Zhao D, Xu D, Gong Q, Liao J, Yang H, Hou W, Zhang Y. 2020. Clinical characteristics and intrauterine vertical transmission potential of COVID-19 infection in nine pregnant women: a retrospective review of medical records. Lancet 395:809–815.
  • Fan C, Lei D, Fang C, Li C, Wang M, Liu Y, Bao Y, Sun Y, Huang J, Guo Y, Yu Y, Wang S. 2020. Perinatal transmission of COVID-19 associated SARS-CoV-2: should we worry? Clin Infect Dis https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32182347/
  • Lackey KA, Pace RM, Williams JE, Bode L, Donovan SM, Järvinen KM, Seppo AE, Raiten DJ, Meehan CL, McGuire MA, McGuire MK. 2020. SARS‐CoV‐2 and human milk: what is the evidence? Matern Child Nutr 16:e13032. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32472745/
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  • Chambers C, Krogstad P, Bertrand K, Contreras D, Tobin NH, Bode L, Aldrovandi G. 2020. Evaluation for SARS-CoV-2 in breast milk from 18 infected women. JAMA 324:1347–1348.

Que savent les parents ?

La plupart des parents connaissent l’impact de l’allaitement sur la santé des bébés, mais peu sur le système immunitaire immature et la façon dont l’allaitement l’aide à se renforcer et à mûrir.

En effet, l’allaitement non seulement renforce le système immunitaire de l’enfant, mais le lait maternel contribue également à son développement. L’allaitement apporte à l’enfant de nombreux facteurs immuno-protecteurs : des facteurs spécifiques (adaptés à l’environnement de la mère et de l’enfant) et non spécifiques (ceux qui sont présents dans la composition de base du lait maternel dès le début, comme les IgA, les cytokines, les oligosaccharides humains (environ 200), les protéines tueuses de tumeurs, et bien d’autres dont la liste est longue (voir ci-dessous). Les connaissances et la recherche sur le rôle dynamique, protecteur et physiologico-immunitaire du lait maternel révèlenent le rôle durable sur la santé de l’enfant allaité – santé du futur adulte.

Poster sur un bus au Luxembourg : Pour immuniser mon bébé, j’allaite.

Thymus

Durant les premiers 2 ans, le thymus de l’enfant allaité a une taille exceptionnel, c’est « l’organe » qui produit les lymphocytes T ou lymphocytes « tueurs » de cellules infectées et qui joue par conséquent un rôle important dans la lutte contre des agressions sur le plan immunitaire. Chez l’enfant non allaité, la taille du thymus ne fait que la moitié.

HAMLET

Le complexe protéino-lipid HAMLET (human alpha-lactalbumin made lethal to tumor cells) a un large spectre d’activité contre des cellules cancéreuses d’origine différentes. (Ho et al. 2017)

Microbiote

De plus, l’allaitement maternel construit et nourrit le microbiote de l’enfant, le lait maternel agit sur la flore intestinale et les muqueuses, deux importants filtres protecteurs contre les agents pathogènes et les virus. Comme l’écrivait le chercheur Lars A Hanson déjà en 2004 : l’allaitement protège le bébé, et en plus, il le nourrit : « Les composants principaux du lait humain ne sont pas en premier lieu pour nourrir, mais pour défendre le bébé. » (dans Immunobiology of Human Milk – How Breastfeeding protects babies, 2004).

Propriétés antivirales

Le geste d’allaiter bien davantage que le transfert de lait humain. C’est un processus biologique dynamique qui nécessite un contact étroit entre la mère et son bébé afin que la mère produise via son tissus mammaire les facteurs de protection en fonction de son en

  • The antiviral properties of human milk : a multitude of defence tools from mother nature. Morniroli D et al. Nutrients 2021 ; 13 : 694.
  • Antiviral properties of human milk. Wedekind SIS, Shenker NS. Microorganisms 2021 ; 9 : 715.

Liste des facteurs immuno-protecteurs transmis à l’enfant par l’allaitement

alpha-Lactalbumin (variant)
alpha-lactoglobulin
alpha2-macroglobulin (like)
ß-defensin-1
Bifidobacterium bifidum
Carbohydrate
Casein
CCL28 (CC-chemokine)
Chondroitin sulphate (-like)
Complement C1-C9
Folate
Free secretory component
Fucosylated oligosaccharides
Gangliosides GM1-3, GD1a, GT1b, GQ1b
Glycolipid Gb3, Gb
Glycopeptides
Glycoproteins (mannosylated)
Glycoproteins (receptor-like)
Glycoproteins (sialic acid-containing or terminal galactose)
Haemagglutinin inhibitors
Heparin
IgA
IgG
IgM
IgD
kappa-Casein
Lactadherin (mucin-associated glycoprotein)
lactoferrin
Lactoperoxidase       Lewis antigens
Lipids
Lysozyme
Milk cells (macrophages, neutrophils, B & T lymphocytes)
Mucin (muc-1; milk fat globulin membrane)
Nonimmunoglobulin macromolecules (milk fat, proteins)
Oligosaccharides (env. 200 oligosaccharides humaines connues à ce jour)
Phosphatidylethanolamine
(Tri to penta) phosphorylated beta-casein
Prostaglandins E1, E2, F2 alpha
RANTES (CC-chemokine)
Ribonuclease
Secretory IgA
Secretory leukocyte protease inhibitor (antileukocyte protease; SLPI)
Sialic acid-glycoproteins
sialylated oligosaccharides
Sialyllactose
Sialyloligosaccharides on sIgA(Fc)
Soluble bacterial pattern recognition receptor CD14
Soluble intracellular adhesion molecule 1 (ICAM-1)
Soluble vascular cell adhesion molecule 1 (VCAM-1)
Sulphatide (sulphogalactosylceramide)
Trypsin inhibitor
Vitamin A
vitamin B12
Xanthine oxidase (with added hypoxanthine)
Zinc

Comparatif lait maternel – lait artificiel

Différence entre allaitement et « transfert de lait maternel »

La liste des facteurs immunocompétents transmis de la mère à son enfant via le geste d’allaiter est en elle-même considérable mais ne révèle qu’une partie du fonctionnement de l’allaitement : il ne s’agit pas d’un assemblage statique d’ingrédients, mais d’un liquide biologique résultant d’une production continuelle et dynamique lors de l’allaitement et du contact peau-à-peau mère-enfant.

Autrement dit, l’adaptation finement nuancée du lait maternel est le résultat d’un dialogue permanent entre l’environnement microbien de la mère et celui de son enfant. Ainsi, en plus des nombreux facteurs immunologiques non spécifiques transmis, la mère fournit des agents anti-infectieux et facteurs immunologique ciblés pour son enfant.

II faut conséquent distinguer entre

  • l’allaitement maternel avec le contact en peau à peau, une interaction entre la mère et sont bébé et le transfert des anticorps de la mère et des agents anti-infectieux par l’allaitement, et
  • l’alimentation avec le lait maternel exprimé par l’intermédiaire d’un appareil puis stocké d’une manière ou d’une autre (réfrigéré, congelé, pasteurisé, lyophylisé).

Cela dit, le lait maternel, sous quelle forme que ce soit (tiré cru, tiré pasteurisé, lait de donneuse individuelle ou lait maternel poolé…), sera toujours supérieur à un lait artificiel (ou produit pour nourrisson) qui risque d’être contaminé dès la production (voir ici) et ou par la préparation de biberons (suivre les Directives de l’OMS pour la préparation, conservation et manipulation)

Allaitement et informations épigénétiques

L’allaitement fournit également des informations épigénétiques à l’enfant sous forme de cellules souches maternelles, d’hormones et de messagers miRNA qui jouent un rôle important dans le métabolisme et la protection contre les maladies non transmissibles (MNT), dites « maladies de civilisation » (obésité, diabète, cancer, hypertension, maladies cardio-vasculaires…). Lancet Breastfeeding Series 2016

Dans une étude de 2017, Melnik & Schmitz la décrivent comme suit : « Il y a de plus en plus de preuves que le lait agit comme un transmetteur ou un relais entre le génome de la lactation maternelle et la régulation épigénétique des gènes récepteurs du lait. […] Comme le lait maternel protège contre les maladies de civilisation à un âge avancé, l’OMS recommande l’allaitement exclusif jusqu’à six mois et la poursuite de l’allaitement pendant au moins les deux premières années. »

Milk’s Role as an Epigenetic Regulator in Health and Disease, Bodo C. Melnik and Gerd Schmitz, 2017 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28933365