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Malgré les apparences, la Suisse n’offre pas un contexte très favorable à l’allaitement, avec une application très restreinte du Code International et des conditions cadres méritant amélioration.

La Suisse offre une faible protection des plus jeunes consommateurs et de leurs parents face à l’importante promotion de substituts de lait maternel, biberons et tétines. La protection de la maternité est certes existante mais faible par rapport aux pays nord-européens faisant état de taux d’allaitement plus élevés. Les risques de conflits d’intérêt sont nombreux et la formation des professionnels de santé demeure insuffisante pour accompagner l’allaitement.

Le Rapport WBTi Swiss de 2020 offre un tour d’horizon de la situation et propose des pistes de réflexions.

La Suisse n’a pas développé de stratégie cohérente de protection, promotion et soutien de l’allaitement, contrairement à d’autres pays européens, et aux recommandations de la Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant (ANJE) adopté par l’Assemblée Mondiale de la Santé en 2002.

Peu de ressources sont disponibles pour financer des projets de protection promotion et soutien de l’allaitement aux niveaux national et cantonal. Beaucoup de dépliants  d’informations à l’adresse des parents sont financés par les entreprises avec des intérêts commerciaux.

La Suisse peut mieux faire pour protéger ses plus jeunes consommateurs et leur permettre, selon l’article 24 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, Observations Générales 15 et 16, d’atteindre le plus haut niveau de santé possible.

Selon UNICEF Suisse (2013), responsable de l’Initiative Hôpitaux Amis des Bébés IHAB, la Suisse occupe une position de leader en Europe concernant la promotion de l’allaitement, puisque en Suisse près de la moitié des bébés naissaient à cette époque dans des établissements certifiés.En 2019, il n’en sont plus que 19 IHAB.

Bien que les taux d’allaitement aient augmenté en Suisse entre 1994 et 2004, ils stagnent depuis (SWIFS 2014).

Les directives de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sont loin d’être appliquées de manière satisfaisante puisque seuls 14% des nourrissons sont nourris exclusivement au sein jusqu’à la fin du 6e mois et la durée moyenne de l’allaitement n’est que de 31 semaines selon la l’enquête nationale sur l’alimentation 2004 , ces chiffres sont similaires en 2014.

L’indicateur allaitement de l’enquête suisse sur la santé 2012 a certes montré que presque 90 % des femmes ont allaité leur dernier-né, et plus de la moitié d’entre elles durant plus de trois mois ; cependant, entre 2002 et 2007, la proportion de mères qui n’ont pas allaité n’a guère changé. En revanche, les mères ayant allaité durant plus de trois mois étaient plus nombreuses en 2007. En 2014, 50 % des bébés ne sont plus allaités exclusivement à 3 mois.

Des données plus récentes sur la mise en œuvre des recommandations de l’ OMS (initiation de l’allaitement dans l’heure suivant la naissance, allaitement exclusif pendant 6 mois, et poursuite de l’allaitement pendant 2 ans ou plus) ne sont malheureusement pas disponibles pour la Suisse (Rapport mondial sur la situation des enfants UNICEF). En outre, les recommandations nationales en matière d’allaitement ne sont pas toujours alignées sur les recommandations OMS.

Si la Fondation Suisse pour la promotion de l’allaitement maternel, et l’Office Fédéral de Santé Publique font clairement référence aux recommandations OMS, la position de la Société Suisse de Pédiatrie prête à confusion, puisqu’elle recommande l’initiation de l’allaitement dans les 2 ou 3 heures suivant la naissance, en contradiction avec l’OMS. La Commission de Nutrition de la même Société Suisse de Pédiatrie, stipule que « les recommandations de l’OMS peuvent s’appliquer aussi en Suisse, cependant avec la restriction qu’individuellement l’introduction des aliments de complément est possible et, dans certaines situations, raisonnable à partir du cinquième mois de vie au plus tôt ». L’introduction de solides à 4 mois (ou à partir du 5ème mois), aussi recommandée par la Société Suisse de Nutrition, est pourtant aussi contraire aux recommandations de santé publique de l’OMS (diversification à 6 mois, ou à partir du 7e mois).

Pour finir, en Suisse, il est rarement mentionné que l’allaitement peut être recommandé au-delà de 2 ans (recommandation OMS). La recommandation de continuer l’allaitement après la diversification et jusqu’aux 2 ans de l’enfant, certes reprise en Suisse, suscite encore des controverses.

En matière de protection des enfants non allaités, la Suisse n’a pas adopté les Directives OMS et FAO 2007 de préparation, conservation et manipulation dans de bonnes conditions des préparations en poudre pour nourrissons. Au contraire, la Société Suisse de Pédiatrie, tout en faisant référence à l’OMS, conseille de « réchauffer l’eau à >70 degrés C, de la laisser refroidir avant de préparer le biberon de lait artificiel et de le donner au bébé à température corporelle (Paediatrica 2013)». Ceci diffère totalement des recommandations réelles de l’OMS, qui au contraire demandent d’effectuer la préparation (mélange poudre – eau) à température supérieure à 70 dégrés C, puis de laisser refroidir avant consommation- ceci pour protéger des infections dues à la présence de bactéries (notamment salmonelles, enterobacter sakazakii..) dans le poudre de lait, qui n’est pas stérile.

Force est de constater que la protection, la promotion et le soutien de pratiques optimales d’allaitement n’est pas encore une réalité en Suisse aujourd’hui. Pour les mères, la famille et le grand public, les messages demeurent contradictoires, et la Suisse ne figure pas parmi les pays offrant un environnement favorable à des pratiques d’allaitement optimales. Pour les mères, et les parents, qui font toujours au mieux pour leurs enfants, le sentiment de culpabilité prime souvent, et pourtant, à qui la responsabilité ?

La démarche WBTi (World Breastfeeding Trends Initiative) l’audit international des programmes et politiques d’allaitement dans chaque pays, a été lancée en septembre 2018 en Suisse (WBTi Swiss). Depuis 2005, plus de 100 pays sont en démarche, et depuis 2015, les Rapports WBTi européens ont été publiés e.a. pour l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Portugal, le Royaume-Uni etc.

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Switzerland

Despite looks, Switzerland does not provide a very suitable environment for breastfeeding, with very limited implementation of the International Code and societal support that needs to be improved for breastfeeding mothers.

Therefore, she offers a low level of protection for younger consumers and their parents against the strong promotion of breastmilk substitutes, bottles and teats. It also guarantees maternity protection (in French), which is certainly available but low compared to northern European countries showing higher breastfeeding rates. There is considerable risk of conflicts of interest and the training of health professionals remains inadequate.

Switzerland, contrarily to other European countries, and to the recommendations of the Global Strategy for Infant and Young Child Feeding adopted by the World Health Assembly in 2002, has not developed a coherent strategy for the protection, promotion, and support of breastfeeding. Few resources (Fr.) are available to finance projects for the protection, promotion and support of breastfeeding at the national and cantonal levels.

Although breastfeeding rates have increased in Switzerland over the past 20 years, Switzerland can do a better job of protecting its youngest consumers and enabling them, according to Article 24 of the Convention on the Rights of the Child, General Comments 15 and 16, to reach the highest possible level of health.

According to UNICEF Switzerland (in German), which is responsible for the Baby-Friendly Hospital Initiative (BFHI), Switzerland is a leader in Europe for the promotion of breastfeeding, since nearly half of all babies born in Switzerland nowadays are born in certified facilities. However, World Health Organization (WHO) guidelines are far from being satisfactorily applied since only 14% of infants are exclusively breastfed until the end of the 6th month and the average duration of breastfeeding is only 31 weeks according to the latest 2003 national nutrition survey (link unavailable).

The Swiss Health Survey 2012 breastfeeding indicator (link unavailable) showed that almost 90% of women breastfed their latest child, and more than half of them breastfed for more than three months; however, between 2002 and 2007, the proportion of mothers who did not breastfeed hardly changed. In contrast, the number of mothers who breastfed for more than three months was higher in 2007.

More recent data on the implementation of WHO recommendations (introduction of breastfeeding within one hour of birth, exclusive breastfeeding for 6 months, and continued breastfeeding for 2 years or more) are unfortunately not available for Switzerland (link unavailable) (UNICEF State of the World’s Children Report). Moreover, national breastfeeding recommendations are not always aligned with WHO recommendations.

While the Swiss Foundation for the Promotion of Breastfeeding and the Federal Office of Public Health (in French) clearly refer to the WHO recommendations, the position of the Swiss Paediatric Society (Fr.) is confusing, since it recommends the introduction of breastfeeding within 2 or 3 hours after birth, which contradicts the WHO. The Nutrition Commission of the same Swiss Paediatrics Society, however, stipulates that “the WHO recommendations may also apply in Switzerland (Fr.), but with the restriction that the introduction of complementary foods is possible at the individual level and, in certain situations, reasonable from the fifth month of life at the earliest”. The introduction of solids at 4 months (or from the 5th month), also recommended by the Swiss Society of Nutrition, is however also contrary to WHO public health recommendations (at 6 months, or from the 7th month).

Finally, in Switzerland, it is rarely mentioned that breastfeeding can be recommended beyond the age of 2 years (a WHO recommendation). The recommendation to continue breastfeeding after diversification and until the child is 2 years old, which has been adopted in Switzerland, is still controversial.

With regard to the protection of non-breastfed children, Switzerland has not adopted the 2007 WHO and FAO Guidelines on the safe preparation, storage and handling of powdered infant formula. On the contrary, the Swiss Paediatric Society, while referring to the WHO, advises to “heat the water to >70 degrees C, let it cool down before preparing the artificial milk bottle, and give it to the baby at body temperature (Paediatrica 2013)”. This differs completely from the actual WHO recommendations, which instead require that the preparation (mixing powder – water) be carried out at a temperature above 70 degrees C, then allowed to cool before consumption – this to protect against infections due to the presence of bacteria in the milk powder, which is not sterile (Fr.).

It must be noted that the protection, promotion and support of optimal breastfeeding practices is not yet a reality in Switzerland today (Fr.). For mothers and the general public, messages remain contradictory, and Switzerland is not among the countries offering a supportive environment for optimal breastfeeding practices. For mothers, and parents, who always do their best for their children, the feeling of guilt often prevails, and yet, who is responsible?

The WBTi (World Breastfeeding Trends Initiative) approach, which audits breastfeeding programmes and policies in each country, was launched in September 2018 in Switzerland. Since 2005, more than 100 countries are in the WBTi process, European countries started in 2015. The WBTi Reports have been published for Germany, Belgium, France, the United Kingdom, Switzerland and many more.

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