Accueil > International > Conflits d’Intérêts

« Celui qui paye le musicien mène la danse. » – « Il n’y a pas de repas gratuit. »

mise à jour 14 août 2020

English text below

Conflits d’intérêts individuels :

« Un conflit d’intérêts [individuel] désigne une série de conditions selon lesquelles un jugement professionnel concernant un intérêt primaire […] tend à être indûment influencé par un intérêt secondaire » (D. F. Thompson)

Au moyen de cadeaux et de gratifications en tout genre, les entreprises produisant des substituts de lait maternel et d’autres aliments infantiles utilisent leur puissance économique et financière considérable pour inciter certains professionnels de la santé à conseiller leurs produits. Les parents sont ainsi souvent privés de conseils adéquats et impartiaux sur les pratiques optimales d’alimentation à adopter pour le bien de leur enfant.

De telles pratiques commerciales abusives mènent au manque de soutien ou à l’abandon de l’allaitement (cf. recommandations de l’OMS en matière d’allaitement) et à l’usage généralisé de produits industriels pour l’alimentation infantile, avec des effets dramatiques sur la santé publique :

  • augmentation du taux de mortalité et de morbidité infantile,
  • accroissement du nombre d’enfants en surpoids ou obèses,
  • recrudescence des cas de maladies non transmissibles chez l’enfant et l’adolescent, entre autres.

Conflits d’intérêts institutionnels :

« Un conflit d’intérêts institutionnel surgit lorsque les intérêts financiers d’une institution ou ceux de ses hauts fonctionnaires présentent un risque d’influence indue sur les décisions impliquant l’intérêt primaire de l’institution » (B. Lo et M. J. Field)

Sur le plan des institutions, les entreprises multinationales tentent d’influencer les prises de décisions (nationales ou internationales) par la conclusion d’accords de partenariats et financements directs ou indirects. La notion de Corporate Political Activity (CPA) réfère aux activités de lobbying par les entreprises nationales et multinationales auprès des pouvoirs publics. Voir l’article de Tanrikulu & Mialon sur les CPA de Nestlé aux Etats-Unis.

Par ailleurs, les entreprises de l’alimentation pour enfants multiplient leur participation à des « initiatives multipartites » (multi-stakeholder initiatives, MSI, en anglais) et autres partenariats public-privé (PPP) lancés à l’échelle internationale.

Par ce biais, les entreprises promeuvent la création de normes non obligatoires (tels que les codes de conduite « volontaires »), élaborées sans contrôle démocratique et leur permettant de se soustraire de manière indue aux obligations qui leur incombent en vertu du droit international. En effet, ces nouvelles stratégies empêchent, remplacent ou contournent les efforts visant à développer des outils et des structures de règlementation contraignants d’un point de vue juridique. Ces stratégies, qui ont l’avantage de donner à peu de frais une image positive et « éthique » aux entreprises, sont en forte recrudescence depuis une quinzaine d’années, bien qu’elles semblent incompatibles avec le devoir des agences des Nations Unies de promouvoir l’intérêt public par le biais du respect, de la protection et de la réalisation des droits humains.

Bluewashing : Le terme « bluewashing » renvoie aux pratiques des entreprises qui drapent leurs activités de la bannière bleue des Nations Unies afin d’améliorer leur image sociale.

Position d’IBFAN-GIFA

IBFAN-GIFA considère que les intérêts économiques et commerciaux ne doivent en aucun cas interférer avec l’intérêt public. Pour cette raison, nous nous engageons activement pour débusquer toutes les situations risquant d’entraîner la relégation de l’intérêt public au second plan au profit des intérêts commerciaux, qu’elles résultent du financement d’individus ou d’institutions, comme l’Organisation mondiale de la santé. Nous dénonçons ces situations à risque et proposons des solutions durables afin de garantir d’une part la préservation de la mission d’intérêt public des agences internationales et d’autre part le respect par les entreprises de leurs obligations relatives aux droits humains telles que prescrites par le droit international.

Mettant ses convictions en action, IBFAN-GIFA s’engage également à ne recevoir aucun financement, direct ou indirect, en provenance d’entreprises commerciales. En outre, IBFAN-GIFA est membre de la la Coalition sur les Conflits d’Intérêts (Conflicts of Interest Coalition).

Rôle et responsabilités des professionnels de santé :

Les professionnels de santé – hommes et femmes – ont la confiance de leur patients et des familles qu’ils suivent. Dans le domaine de la santé et de la nutrition, le message que les professionnels véhiculent par la parole mais aussi par les affiches dans leur cabinet et la salle d’attente et par les brochures qu’ils distribuent peut être stratégique pour des entreprises commerciales. Dans la plupart des cas, ces messages sont ambigus en ce concerne l’allaitement. La finalité de ce type de marketing est de vendre un produit, et la mise en avant de l’allaitement est un faire-valoir. Et les professionnels de santé sont les vecteurs de ce marketing. Voir à ce sujet le Rôle et responsabilité des professionnels de santé par rapport au Code international de commercialisation des substituts du lait maternel.

Liens utiles

A lire en plus sur la thématique des Conflicts d’intérêt
1) Granheim SI, Engelhardt K, Rundall P, Bialous S, Iellamo A, Margetts B, et al. Interference in public health policy: examples of how the baby food industry uses tobacco industry tactics. World Nutr. 2017;8(2):288–310.

2) L Lake, M Kroon, D Sanders, A Goga, C Witten, R Swart, H Saloojee, C Scott, M Manyuha, T Doherty. Child health, infant formula funding and South African health professionals: Eliminating conflict of interest. SAMJ December 2019, Vol. 109, No. 12

3) Le film Tigers (2014) réalisé par Danis Tanovic et présenté pour la première fois au Festival International du Film de Toronto le 8 septembre 2014. Il raconte le vécu d’un jeune commercial pakistanais spécialisé dans l’industrie pharmaceutique travaillait pour Nestlé, jusqu’au moment où il a constaté de ses yeux avec horreur que les formules lactées commerciales pour nour- rissons dont il faisait la promotion auprès des hôpitaux et des médecins causaient des maladies et provoquaient la mort des bébés. Il a alors décidé de lutter contre l’industrie des substituts du lait maternel avec le soutien d’IBFAN (International Baby Food Action Network).

4) Corporate Influence on the Business and Human Rights Agenda of the United Nations (June 2014)

5) Freedom from Want: The Human Right to Adequate Food, George Kent, Georgetown University Press 2005 see here


English Text

Conflicts of Interest

“He who pays the piper calls the tune.”  (British proverb) – “There is no free lunch”

Individual conflicts of interest:

An [individual] conflict of interest is a set of conditions in which professional judgment concerning a primary interest […] tends to be unduly influenced by a secondary interest […].” (D. F. Thompson)

 Through gifts and gratuities of all kinds, companies producing breastmilk substitutes and other infant foods use their considerable economic and financial power to encourage some health professionals to recommend their products. As a result, parents are often deprived of adequate and impartial advice on best feeding practices for the benefit of their child. Such abusive commercial practices lead to the cessation of breastfeeding (see WHO recommendations on breastfeeding) and the widespread use of industrial products for infant feeding, with dramatic effects on public health: increase in infant mortality and morbidity rates, increase in the number of overweight or obese children, resurgence in the incidence of non-communicable diseases in children and adolescents, among others.

Institutional conflicts of interest:

Institutional conflicts of interest arise when an institution’s own financial interests or those of its senior officials pose risks of undue influence on decisions involving the institution’s primary interests.” (B. Lo and M. J. Field)

At the institutional level, multinational companies attempt to influence decision-making (national or international) through direct or indirect partnership agreements and funding. Moreover, those companies multiply their participation in multi-stakeholder initiatives (MSIs) and other public-private partnerships (PPPs) launched on an international scale.

In so doing, companies promote the creation of non-mandatory standards (such as “voluntary” codes of conduct), developed without democratic control and allowing them to unduly evade their obligations under international law. Indeed, these new strategies prevent, replace or circumvent efforts to develop legally binding regulatory tools and structures. These strategies, which have the advantage of giving companies a positive and “ethical” image at little cost, have been on the rise for the past 15 years or so, although they seem incompatible with the duty of United Nations agencies to promote the public interest through the respect, protection and fulfilment of human rights.

Bluewashing: The expression “bluewashing” refers to the practices of companies that use the United Nations blue banner to brand their activities in order to improve their social image.

IBFAN-GIFA considers that economic and commercial interests must under no circumstances interfere with the public interest. For this reason, we are actively engaged in identifying all situations that could lead to the relegating of the public interest to a secondary position in favour of commercial interests, whether they result from the financing of individuals or institutions, such as the World Health Organization. We denounce these risky situations and propose sustainable solutions to ensure that the public interest mission of international agencies is preserved and that companies comply with their human rights obligations as prescribed by international law.

Acting on its convictions, IBFAN-GIFA also commits itself not to receive any funding, direct or indirect, from commercial companies. Furthermore, IBFAN-GIFA is a member of the Conflicts of Interest Coalition.

Role and responsability of health workers:

Healthcare professionals – men and women – have the confidence of their patients and the families they care for. In the field of health and nutrition, the message that professionals convey through words, but also through posters in their offices and waiting rooms and through the brochures they distribute can be strategic for commercial enterprises. In most cases, these messages are ambiguous when it comes to breastfeeding. The purpose of this type of marketing is to sell a product, and the promotion of breastfeeding is a booster. And health professionals are the vehicles for this marketing. On this topic, see the WHO page on Roles and responsibilities of Health Workers in relation to the International Code of Marketing of Breast-milk Substitutes.

For more information

Readings on Conflicts of interest

1) Granheim SI, Engelhardt K, Rundall P, Bialous S, Iellamo A, Margetts B, et al. Interference in public health policy: examples of how the baby food industry uses tobacco industry tactics. World Nutr. 2017;8(2):288–310.

2) L Lake, M Kroon, D Sanders, A Goga, C Witten, R Swart, H Saloojee, C Scott, M Manyuha, T Doherty. Child health, infant formula funding and South African health professionals: Eliminating conflict of interest. SAMJ December 2019, Vol. 109, No. 12

3) Film TIGERS (2014) Ayan, a pharmaceutical salesman in Pakistan, takes on the multinational health care corporation he works for after he realizes they knowingly marketed a baby formula that’s responsible for the death of hundreds of babies everyday. Director: Danis Tanovic

4) Corporate Influence on the Business and Human Rights Agenda of the United Nations (June 2014)

5) Freedom from Want: The Human Right to Adequate Food, George Kent, Georgetown University Press 2005 see here