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Contamination des aliments pour bébés et pour enfants en bas âge

23 mai 2022

2022 – Actualités sur les produits contaminés

Plusieurs produits (Similac, Alimentum et EleCare de même que Similac Human Milk Fortifier) rappelés par Abbott en février 2022 ont provoqué une épidémie d’infections graves aux États-Unis, avec au moins quatre enfants hospitalisés. Trois des infections sont dues à Cronobacter sakazakii (anciennement Enterobacter sakazakii) et une est due à Salmonella. Deux décès font l’objet d’une enquête par les autorités américaines.

11 mars 2022: Liste des produits rappelé https://foodpoisoningbulletin.com/2022/fda-updates-the-recalled-cronobacter-infant-formula-product-list/

1er mars 2022: “The United States Food and Drug Administration, FDA, warns against using another powdered baby formula after a 2nd death”: https://www.npr.org/2022/03/01/1083696031/fda-warns-against-using-another-powdered-baby-formula-after-a-second-death?t=1646207848860

18 février 2022: le rappel de produits inclut Similac Human Milk Fortifier: https://www.childrensdayton.org/the-hub/baby-formula-recall-what-you-need-know and recall in Malaysia https://www.therakyatpost.com/news/2022/02/24/kkm-recalls-2-similac-baby-formulas-due-to-bacteria-contamination/

17 février 2022: Similac, Alimentum and EleCare powdered infant formulas de la firme Abbott Nutrition ont été retirés du marché aux Etat-Unis après le premier bébé décédé ainsi que plusieurs cas signalés de maladies graves chez des nourrissons, causées par une contamination par les dangereuses bactéries Cronobacter/Enterobacter sakazakii et Salmonella Newport .[1]et[2]

Comment s’attaquer aux problèmes de sécurité et de qualité des préparations pour nourrissons :

Examen des mesures efficaces. IBFAN retrace les lacunes dans la réglementation américaine de 2014 (document pdf)

IBFAN demande une action réglementaire qui aurait dû être prise depuis longtemps

Ces articles de presse ne répondent pas à toutes les questions essentielles sur la contamination microbienne des préparations en poudre pour nourrissons. Ils ne proposent pas de mesures obligatoires pour éviter l’apparition de maladies graves et de nouveaux décès. Par conséquent


Vulnérabilité des enfants en bas âge

Pendant la période de 0 mois à 3 ans, les nourrissons et les jeunes enfants se trouvent aux stades les plus sensibles du développement de leur cerveau, de leur système nerveux, métabolique et immunitaire ainsi que de leurs organes vitaux. Ils sont donc plus particulièrement vulnérables aux infections causées par des bactéries et aux effets d’une exposition aux contaminants chimiques.

Et cela d’autant plus s’ils sont nés prématurément et/ou avec un faible poids de naissance. Contrairement au lait maternel, le lait artificiel ne protège pas le nourrisson de tels effets négatifs et ne diminue leurs dangers, tout d’abord parce que le lait artificiel ne contient pas d’immunoglobulines ni de combinaisons dynamiques de substances protectrices et stimulantes; il ne peut donc pas contribuer à développer le système psycho-neurologique et immunitaire.

Contamination du lait artificiel causée par des bactéries

Contamination microbiologique intrinsèque : IBFAN/GIFA apprécie le travail de l’OMS sur le problème de la contamination intrinsèque des aliments en poudre pour nourrissons et jeunes enfants. Après la multiplication des rapports en 2000 alertant les professionnels de la santé sur la mortalité et la morbidité causées par des espèces de Salmonella et d’Enterobacter/Cronobacter, l’AMS a adopté deux résolutions en 2005 et 2008 (WHA 58.32 et 61.20). Celles-ci demandaient à l’OMS de préparer des directives sur la préparation, la conservation et la manipulation sans danger des préparations en poudre pour nourrissons et l’OMS et la FAO ont donc organisé trois réunions conjointes d’experts avec la FAO pour discuter et produire les directives FAO/OMS de 2007 sur la préparation, la conservation et la manipulation sans danger des préparations en poudre pour nourrissons : Série sur l’évaluation des risques microbiologiques 6. https://www.who.int/publications/i/item/9789241562775

Cronobacter : Une analyse en laboratoire des capsules de lait en poudre pour les machines Babynes a détecté la présence de bactéries, prouvant que le lait en poudre dans ces capsules n’est pas stérile, comme le montre la photo ci-dessus.
Cronobacter (enterobacter sakazakii) : Une analyse en laboratoire des capsules de lait en poudre pour les machines Babynes a détecté la présence de bactéries, prouvant que le lait en poudre dans ces capsules n’est pas stérile, comme le montre la photo ci-dessus.

Les préparations en poudre pour nourrissons ne sont pas stériles

Des cas d’infections graves de nourrissons sont signalés depuis quinze ans en Europe et aux Etats Unis chez certains bébés alimentés avec les laits en poudre 1er et et 2ième âge. Contrairement aux croyances populaires, les préparations en poudre pour nourrissons ne sont pas des produits stériles et certaines espèces de bactéries des genres Salmonella et Cronobacter peuvent parfois contaminer ces laits, qui ne subissent aucune stérilisation finale à la sortie de l’usine, contrairement aux laits artificiels « prêts à l’emploi » (nourettes). GIFA contribue à publier la liste des retraits de produits pour l’alimentation infantile contaminés (**en Anglais).

Lorsque la poudre est mélangée à de l’eau tiède pour préparer un biberon, des bactéries, même en quantités minimes, peuvent se multiplier rapidement, car les températures entre 35 et 40° Celsius sont favorables à leur prolifération.

Salmonelles dans les produits (Lactalis, Abbott…)

En décembre 2017, le scandale Lactalis a éclaté : 25 nourrissons en France sont tombés malades après avoir consommé des laits infantiles en poudre contaminés par la bactérie dangereuse Salmonella Agona. L’appel au retrait immédiat des produits concernés a touché plus de 80 pays dans l’espace de quelques semaines. Le communiqué de presse IBFAN (anglais et français) et les entretiens de la BBC les représentants IBFAN sont disponibles à ce lien.

En Février 2022, des produits d’Abbott sont contaminés. Voir ci-dessous.

Directives de l’OMS pour la préparation des biberons

Pour ces raisons, l’OMS a publié en 2007 les Directives de préparation, conservation et manipulation dans de bonnes conditions des préparations en poudre pour nourrissons. Ces Directives préconisent une étape de préparation de décontamination, afin de tuer les bactéries nocives : il faut faire bouillir l’eau et la laisser refroidir à une température de pas moins de 70° Celsius avant de la mélanger avec la poudre et la laisser tiédir avant de donner le biberon au bébé. De plus, il faut jeter les restes du biberon et ne pas les réutiliser.

Face au refus des fabricants de laits en poudre pour bébés d’alerter les parents aux risques de contamination éventuelle, GIFA se bat pour faire connaître ces Directives (en anglais), ainsi que les mesures prises par les gouvernements (Angl.) pour leur mise en application.

Contamination du lait artificiel provoquée par des métaux et par des produits chimiques

Plusieurs études scientifiques ont documenté la présence non seulement de métaux lourds mais aussi de métaux toxiques tels que l’aluminium dans les laits pour nourrissons.

Les rapports présentés au Congrès américain en 2020 alertent sur le fait que « les aliments pour bébés sont contaminés par des niveaux dangereux d’arsenic, de plomb, de cadmium et de mercure ». De nouvelles révélations montrent des niveaux dangereux de métaux lourds toxiques dans encore plus d’aliments pour bébés. Des produits chimiques toxiques se trouvent dans le lait et les aliments en poudre pour bébés – et dans l’eau utilisée pour les reconstituer.

De l’arsenic dans l’eau utilisée pour préparer les préparations et aliments en poudre pour bébés

Le problème des produits chimiques toxiques et des métaux lourds dans les aliments pour bébés ne se limite pas aux États-Unis, mais concerne le monde entier. Le risque pour la santé des nourrissons est doublé lorsque ces aliments commerciaux sont préparés avec de l’eau qui peut être contaminée par de l’arsenic ou d’autres métaux toxiques.

La Suisse vante la pureté de son eau provenant de sources alpines. Pour les Suisses, il est impensable que leur eau puisse être imbuvable. Pourtant, dans de nombreuses régions alpines, la population n’a pas le droit de boire l’eau du robinet municipale, qui n’est plus potable car les niveaux d’arsenic dans l’eau dépassent les normes de l’OMS relatives à la dose journalière tolérable (DJT) dans l’eau potable. Dans d’autres pays, notamment aux États-Unis et au Pakistan, les niveaux d’arsenic sont bien plus élevés.

Cela signifie que les nourrissons et les jeunes enfants nourris avec des produits commerciaux à base de lait en poudre et de céréales peuvent courir un risque supplémentaire d’exposition cumulative – une double dose d’arsenic dans le produit en poudre et dans l’eau utilisée pour le reconstituer.

Bisphenol A

GIFA milite pour mieux faire connaître ces risques liés à l’alimentation artificielle en publiant des textes soumis à l’Union Européenne et à l’OMS, ainsi que des articles sur le site d’IBFAN, par exemple les résumés des mesures des autorités pour éliminer le bisphénol A des biberons en plastique polycarbonate rigide et des emballages d’aliments pour bébés et jeunes enfants.

GIFA alerte les parents aux risques posés par certains produits chimiques dans les aliments pour enfants. Selon des rapports de l’OMS et du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), plusieurs de ces composés, y compris le bisphénol A, agissent comme des perturbateurs endocriniens (PE), c’est à dire qu’ils imitent certaines hormones humaines comme l’oestrogène, contribuant à dérégler le système hormonal et à causer des effets néfastes sur la reproduction et la santé humaines.

Résidus chimiques détectés dans le lait maternel

Les résidus de substances chimiques se trouvent partout dans notre environnement et peuvent avoir un impact négatif sur les humains et les animaux, surtout pendant la période prénatale, donc avant l’accouchement. La conclusion d’une enquête suisse sur la contamination du lait maternel a conclu que dans tous les cas il est préférable d’allaiter son enfant car les bénéfices l’emportent sur les risques.

En Suisse, une analyse réalisée en 2018 par le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (EMPA) fait état des toxines dans le lait maternel. étéTant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que le chimiste de l’Empa qui a effectué l’analyse et un toxicologue du Centre suisse de toxicologie humaine appliquée de l’Université de Bâle considèrent que les avantages de l’allaitement l’emportent sur les risques associés à l’exposition aux dioxines : le lait maternel étant le meilleur aliment pour les nourrissons, il est recommandé sans réserve. Source Promotion Allaitement Suisse (2021).

En 2011, la Suisse participe à une étude OMS/ PNUE sur les POP (Polluants Organiques persistants) dans le lait maternel. Les auteurs concluent : « Au vu des résultats présentés, il n’y a pas lieu d’adapter les recommandations en vigueur en matière d’allaitement et d’alimentation. Un allaitement maternel exclusif pendant 6 mois est recommandé pour la grande majorité des nourrissons, suivi d’un allaitement en complément à une alimentation adaptée jusqu’à deux ans, voire plus longtemps. »(page 4)

Dioxine et lait maternel

Les résidus chimiques sont présents partout dans notre environnement et peuvent avoir un impact négatif sur les humains et les animaux, en particulier pendant la période prénatale, c’est-à-dire avant l’accouchement.

Déjà dans les années 1990, ce sujet a conduit à des études sur la dioxine, en particulier. La conclusion était la même : il est regrettable que le lait maternel soit contaminé, mais il reste le meilleur choix. https://www.letemps.ch/societe/lait-maternel-meme-contamine-reste-irremplacable (1999)

Dans un monde pollué, l’allaitement reste le meilleur choix

Le lait maternel contient des substances qui aident le cerveau à se développer normalement après la naissance. Il contient également des agents protecteurs et des stimulants qui aident l’enfant à développer un système immunitaire solide.

L’allaitement contribue souvent à minimiser les effets négatifs d’une exposition à des agents chimiques lors de la grossesse ou au cours des premiers mois de vie. Pour mieux faire connaître ces avantages, ainsi que les risques d’exposition aux substances chimiques toxiques pour l’organisme, GIFA a contribué à la « Déclaration sur les contaminants chimiques et l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants » (en anglais), publiée en 2013. GIFA a publié un résumé avec des précisions sur les substances chimiques dans l’édition française IBFAN Allaitement Actualités.

En 2013, GIFA a résumé les résultats d’une grande étude en Norvège (Angl.) qui confirme les avantages de l’allaitement maternel, même dans un monde pollué.

Notre environnement est pollué et de nombreuses ressources sont mal utilisées ou gâchées. L’allaitement aide à protéger la santé de la mère et du bébé et aussi à protéger la planète et les ressources naturelles. Voir la notion de « Green Feeding » Alimentation saine et durable.


2022 – IBFAN appelle à une action réglementaire qui n’a que trop tardé

IBFAN – Appel à action
IBFAN demande des avertissements et des informations obligatoires sur les étiquettes et les sites Web des produits indiquant que les préparations en poudre et les fortifiants en poudre pour lait humain ne sont pas stériles : les contributions des membres d’IBFAN à une enquête internationale menée en 2020 ont montré qu’il y a encore très peu de pays où les fabricants et les distributeurs doivent fournir des avertissements obligatoires sur les étiquettes et des informations indiquant que les produits ne sont pas stériles et peuvent être contaminés par des bactéries nocives.

IBFAN demande que l’étiquetage comporte des informations claires et bien visibles indiquant qu’il faut faire très attention à la préparation, au stockage et à la manipulation, des laits en poudre et des fortifiant de lait humain, et qu’il faut inclure l’étape de décontamination mortelle.

IBFAN demande que les infections à Cronobacter/Enterobacter et Salmonella deviennent des maladies à déclaration obligatoire dans tous les pays. Le seul État des États-Unis où la déclaration pour Cronobacter est obligatoire est le Minnesota, et c’est là que le premier cas d’infection à Cronobacter a été signalé aux États-Unis. S’il n’y avait pas eu de rapports de consommateurs, le public n’aurait jamais été informé des dangers des préparations en poudre et des fortifiants en poudre pour lait humain contaminés.

Les dix questions ci-dessous expliquent les raisons de l’appel d’IBFAN

  1. Pourquoi est-ce qu’IBFAN appelle à l’action ?
    Parce que Cronobacter sakazakii et Salmonella sont des bactéries dangereuses qui se développent dans le lait tiède fabriqué avec des préparations en poudre. Elles peuvent se multiplier et provoquer des infections graves chez les bébés.
    Cette photo montre la multiplication sur une culture sur plaque de lait en poudre reconstitué à température ambiante. Dans le lait tiède, la croissance bactérienne d’Enterobacter sakazakii, appelé aujourd’hui Cronobacter sakazakii, qui se colore en jaune, est exponentielle.

Photo : Cette culture d’E. sakazakii sur plaque de gélose trypticase-soja présente des colonies plates et mucoïdes après trois jours de croissance à 25°C. Crédit photo : CDC/Dr. J. J. Farmer

2. Quelle est la gravité des infections provoquées ?

Ces infections peuvent provoquer des infections invasives graves qui peuvent être fatales.
Les produits rappelés par Abbott en février 2022 ont provoqué une épidémie d’infections graves aux États-Unis, avec au moins quatre enfants hospitalisés.  » Trois des infections sont dues à Cronobacter sakazakii (anciennement Enterobacter sakazakii) et une est due à Salmonella. Un décès fait l’objet d’une enquête par les autorités américaines. »
Le deuxième rappel effectué par Abbott Nutrition concernait le produit de spécialité Similac PM 60/40 :  » un nourrisson qui avait consommé le produit de spécialité Similac est décédé après avoir été testé positif à Cronobacter sakazakii. Il s’agit du deuxième cas mortel lié aux préparations en poudre pour nourrissons depuis septembre. « Voir l’alerte de la FDA du 1er mars 2022.
Chez les nourrissons de moins de 12 mois « Cronobacter provoque généralement une septicémie ou une méningite grave. Certains nourrissons peuvent présenter des crises d’épilepsie. Ceux qui souffrent de méningite peuvent développer des abcès ou des infarctus cérébraux, une hydrocéphalie ou d’autres complications graves pouvant entraîner des problèmes neurologiques à long terme. Le taux de mortalité de la méningite à Cronobacter peut atteindre 40 %. » Voir note de fin de texte 1.

3. Depuis combien de temps le CDC était-il au courant de cette contamination bactérienne au niveau de l’usine ?

Au moins depuis 2008. Les produits mis en cause sont fabriqués dans une usine de production à Sturgis, Minnesota, USA. L’histoire d’Abbott au cours des 27 inspections effectuées depuis 2008 est examinée dans cet article. Sa lecture fait froid dans le dos. Les inspecteurs ont trouvé des résultats positifs pour Cronobacter dans les échantillons prélevés, ainsi que des défaillances répétées en matière d’hygiène de base, de lutte contre les parasites, d’entretien des bâtiments, de filtres à particules, de contrôle de la température. « Un examen des dossiers internes de l’entreprise indique également une contamination environnementale par Cronobacter sakazakii et la destruction par l’entreprise de produits en raison de la présence de Cronobacter. » Ces « observations d’inspection défavorables » environnementales ressemblent à celles constatées à l’usine Lactalis de Craon, en France, où Salmonella Agona introduite au cours du processus de fabrication a contaminé des préparations en poudre et des aliments pour bébés [en décembre 2017].

4. Où les produits rappelés ont-ils été exportés ?

Selon la firme (Abbott Nutrition), les produits rappelés ont été distribués dans les pays suivants : Australie, Bahreïn, Barbade, Bermudes, Canada, Chili, Chine, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, Égypte, Guam, Guatemala, Hong Kong, Inde, Indonésie, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Oman, Pérou, Porto Rico, Qatar, Arabie saoudite, Singapour, Afrique du Sud, Soudan, Taiwan, Thaïlande, Émirats arabes unis, Royaume-Uni et Vietnam ANI South.

5. Quel est le danger d’utiliser ces produits rappelés ?

Ces risques sont clairement expliqués dans « The Food and Drug investigation of Cronobacter and Salmonella complaints : powdered infant formula, 17.02.22 » (Enquête sur les plaintes relatives à Cronobacter et Salmonella : préparations en poudre pour nourrissons)
« Les préparations en poudre pour nourrissons rappelées ont le potentiel d’être contaminées par Cronobacter, une bactérie qui peut causer de graves maladies d’origine alimentaire principalement chez les nourrissons. Les infections à Cronobacter sont rares, mais le risque est particulièrement élevé chez les nouveau-nés… La bactérie Cronobacter peut provoquer des infections graves, potentiellement mortelles (septicémie) ou une méningite (inflammation des membranes qui protègent le cerveau et la colonne vertébrale). Les symptômes de la septicémie et de la méningite peuvent inclure une mauvaise alimentation, une irritabilité, des changements de température, une jaunisse (peau et blanc des yeux jaunes), des grognements et des mouvements anormaux. L’infection à Cronobacter peut également provoquer des lésions intestinales et se propager par le sang à d’autres parties du corps. » Cette infection invasive peut provoquer une bactériémie, également appelée septicémie, chez les nourrissons plus âgés.
La salmonelle comprend plusieurs espèces de bactéries provoquant des maladies gastro-intestinales et de la fièvre avec des symptômes de diarrhée, des crampes abdominales. « Les cas plus graves de salmonellose peuvent inclure une forte fièvre, des courbatures, des maux de tête, une léthargie, une éruption cutanée, du sang dans les urines ou les selles, et dans certains cas, peuvent devenir mortels. »
 » Aux États-Unis, l’incidence de la salmonellose (toutes sources confondues) chez les nourrissons (121,6 infections confirmées en laboratoire pour 100 000 nourrissons) était ∼8 fois supérieure à l’incidence dans les autres groupes d’âge. »11
L’alerte de l’USFDA12 fait état d’un procès intenté par les parents après que leur petite fille « a été infectée par Salmonella après avoir consommé Alimentum. Leur enfant a développé une maladie grave, qui, selon le procès, était un « résultat direct » de la consommation de la préparation pour nourrissons
L’enfant continue de souffrir de problèmes gastro-intestinaux et intestinaux, a déclaré le cabinet d’avocats dans un communiqué la semaine dernière. »13

Les conséquences sur la santé à long terme
Les risques et les dangers de ces infections causées par des préparations en poudre contaminées ne peuvent être sous-estimés. Les bébés peuvent souffrir d’une maladie mortelle ou de lésions cérébrales à long terme entraînant des handicaps à vie. Aux États-Unis, des parents ont intenté des procès à des entreprises et ont reçu une indemnisation pour couvrir les coûts de prise en charge d’un enfant gravement handicapé.
Mais aucune somme d’argent ne peut compenser la perte d’un enfant ou la prise en charge d’un enfant handicapé à vie.

6. Ces infections sont-elles rares ?

Non. Elles sont rarement déclarées. IBFAN demande une déclaration obligatoire, afin que les infections à Cronobacter et Salmonella deviennent des maladies à déclaration obligatoire dans tous les pays.
Les fabricants d’aliments pour bébés affirment à plusieurs reprises que les cas d’infection microbienne causés par une contamination intrinsèque sont rares. En effet, même aux États-Unis, il n’est pas obligatoire de déclarer les infections à Cronobacter/Enterobacter. Cependant, la salmonellose (infections causées par Salmonella) est une maladie d’origine alimentaire à déclarer.14 Dans d’autres pays, il n’existe pas ou peu de systèmes de déclaration des maladies d’origine alimentaire.
Le CDC admet que ces infections sont sous-déclarées : « Le CDC reçoit généralement des rapports sur 2 à 4 infections chez des nourrissons par an, bien que la déclaration ne soit pas obligatoire, sauf dans un État, le Minnesota. Par conséquent, les taux d’infection par Cronobacter aux États-Unis ne sont pas bien compris. »15

Pire encore, ces infections ne sont pas identifiées : il existe peu d’installations permettant d’effectuer des tests sur les fluides corporels des bébés malades et de les corréler avec le contenu des emballages de lait en poudre non ouverts. Souvent, ces emballages sont jetés, et les preuves disparaissent. Des tests complexes sont nécessaires pour prouver un lien de causalité entre les infections graves chez les nourrissons et les jeunes enfants et les préparations en poudre. Si c’est le cas aux États-Unis, alors combien de pays et d’établissements ne disposent pas de telles installations ? Même en 2002, il a été noté que « Enterobacter sakazakii a pu être isolé dans 20 des 141 échantillons (14%). »16

7. Y a-t-il une augmentation de ces infections causées par des produits contaminés ?

Oui. Dans de nombreux pays, le réchauffement de la planète dû au changement climatique produit des températures ambiantes plus élevées. Les conditions chaudes et humides favorisent la multiplication de toute bactérie dangereuse présente dans les préparations en poudre reconstituées, notamment lorsque les biberons sont transportés par les soignants ou que les biberons de préparations non terminées sont conservés à température ambiante et consommés par les bébés. L’augmentation de la résistance aux antimicrobiens rend ces graves infections d’origine alimentaire plus difficiles à traiter. L’impact de ces infections microbiennes peut inclure des dommages neurologiques entraînant des handicaps à vie.

8. Existe-t-il des mesures permettant de réduire le risque d’infections causées par des bactéries nocives présentes dans les préparations en poudre ?

Oui, mais l’alimentation avec des préparations en poudre ne peut jamais être rendue sûre. Il est seulement possible de réduire les risques, mais pas de les éliminer. En 2007, l’OMS et la FAO ont publié de « nouveaux conseils de sécurité » contenant un message clair et direct : « Les préparations en poudre pour nourrissons ne sont pas stériles. Elles peuvent contenir des bactéries susceptibles de provoquer des maladies graves chez les nourrissons. En préparant et en conservant correctement les préparations en poudre pour nourrissons, vous pouvez réduire le risque de maladie. »

Ces lignes directrices sur la préparation, la conservation et la manipulation sûres des préparations en poudre pour nourrissons publiées la même année recommandent une phase de préparation de décontamination pour tuer les bactéries nocives : l’eau doit d’abord être bouillie puis refroidie à une température d’au moins 70° Celsius avant d’être mélangée à la poudre et laissée refroidir avant de donner le biberon au bébé. L’eau en bouteille doit également être bouillie et laissée refroidir à une température d’au moins 70°. Le reste de la préparation dans le biberon doit être jeté et non réutilisé.

Cette étape de décontamination ou d’élimination est essentielle car les espèces Cronobacter et Salmonella sont toutes deux résistantes à la chaleur, également appelée thermo-tolérance. Après avoir été introduites en usine lors de l’ultra-transformation, ces bactéries peuvent survivre à l’état sec dans les emballages de formules non ouverts. C’est ce qu’on appelle la contamination intrinsèque. Ensuite, lorsque la préparation en poudre est reconstituée avec de l’eau tiède, ces bactéries se multiplient de manière exponentielle et atteignent rapidement des niveaux dangereux pour la santé des nourrissons.

9. Pourquoi cette étape visant à inactiver les agents pathogènes dangereux est-elle si importante ?

Il est impératif de protéger les nourrissons et les jeunes enfants qui sont particulièrement exposés à des infections graves car leur système immunitaire est immature. Ceux qui ne sont pas allaités ne reçoivent pas les anticorps et les agents anti-infectieux présents dans le lait maternel. Ceux-ci construisent le microbiome protecteur du nourrisson pour renforcer le système immunitaire et combattre les maladies.
Malgré toutes ces alertes sur la contamination intrinsèque, les fabricants de préparations en poudre et de céréales pour bébés ne placent toujours pas d’avertissement sur leurs produits. Au contraire, l’industrie s’oppose à toute action à chaque étape. En raison de l’opposition des pays fabricants et exportateurs, les discussions au sein du Comité du Codex Alimentarius sur l’hygiène alimentaire n’ont pas permis de parvenir à un consensus pour imposer des avertissements obligatoires sur l’étiquetage.

10. Pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’avertissement indiquant que les préparations en poudre ne sont pas stériles et « peuvent contenir des bactéries susceptibles de provoquer des maladies graves chez les nourrissons » ?

Cela fait maintenant 20 ans que la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a lancé une alerte aux professionnels de la santé concernant la contamination des préparations en poudre par Enterobacter sakazakii. Ces bactéries nocives provoquent des infections graves et potentiellement mortelles chez les prématurés et les nouveau-nés.
Cela fait plus de 40 ans que John J. Farmer a documenté l’apparition de maladies chez les bébés après avoir découvert une bactérie appelée « Enterobacter cloacae » dans la gamelle de son chien. Le nom « cloacae » fait référence à l’origine fécale de ces bactéries qui ont changé de nom pour masquer leur origine, devenant d’abord Enterobacter sakazakii en 1980, puis Cronobacter sakazakii en 2007.
Il y a 17 ans, en 2005, des épidémies d’infections à Salmonella chez des bébés en France ont provoqué la maladie de 148 bébés et l’hospitalisation de 45% d’entre eux. Le scandale des produits Lactalis contaminés par Salmonella Agona a fait la une des journaux en 2018. Des formules potentiellement contaminées ont été exportées dans le monde entier vers plus de 83 pays. Ces lots ont été fabriqués dans la même installation en France où se trouvait au moins une tour de séchage contaminée. De la même manière, les lots de Similac d’Abbott et d’autres formules en poudre sont fabriqués dans leur installation de Sturgis et commercialisés dans plusieurs États et au moins 37 pays.
Quinze ans se sont écoulés depuis l’avertissement lancé dans les lignes directrices publiées en 2007 par l’OMS et la FAO. Leurs « Nouveaux conseils de sécurité », également publiés en 2007, contiennent un message clair et direct : « Les préparations en poudre pour nourrissons ne sont pas stériles. Elles peuvent contenir des bactéries susceptibles de provoquer des maladies graves chez les nourrissons. En préparant et en conservant correctement les préparations en poudre pour nourrissons, vous pouvez réduire le risque de maladie. » Mais combien de fabricants placent ces avertissements sur les étiquettes ? Combien de gouvernements rendent obligatoires les avertissements sur les étiquettes ? Combien d’étiquettes incluent l’étape critique de décontamination ou de létalité ? Voir note de fin de texte 3.

Notes de fin de texte 1-3
  1. https://corpora.tika.apache.org/base/docs/govdocs1/980/980335.html
    Même en 2002, la lettre de l’USFDA aux professionnels de la santé cite des rapports d’infections invasives graves causées par Enterobacter sakazakii qui « décrivaient des nouveau-nés atteints de septicémie, de méningite ou d’entérocolite nécrosante à la suite de l’infection, avec des taux de létalité pouvant atteindre 33 % ».
  2. En 2017-2018, le scandale Lactalis a fait la une des journaux lorsque 12 millions de lots de préparations en poudre contaminées par la bactérie Salmonella ont été exportés vers plus de 83 pays. Les groupes et contacts de l’IBFAN ont fait connaître les dangers des préparations en poudre contaminées, ont surveillé celles qui étaient exposées ou en vente, ont porté plainte auprès des autorités sanitaires et ont rendu compte des mesures prises : http://www.babymilkaction.org/archives/15630.
  3. Le texte original de la lettre de l’USFDA aux professionnels de la santé a été révisé la même année, en 2002, afin de ne plus mentionner l’utilisation d’eau bouillante pour préparer les préparations en poudre. L’industrie de l’alimentation pour bébés s’est fortement opposée à cette mesure car, selon elle, l’eau bouillante détruirait les additifs thermosensibles des préparations. Les prémélanges vitaminés et les probiotiques sont ajoutés après la stérilisation du lait en poudre et ces ingrédients peuvent introduire une contamination microbienne. Il a été démontré que l’ajout de ces ingrédients n’est pas nécessaire et ne sert qu’à justifier des allégations nutritionnelles et de santé non fondées. Voir https://www.foodsafetynews.com/2009/11/bacteria-in-formula-poses-risk-for-infants/
Footnotes 1-21

[1] https://www.cdc.gov/cronobacter/ https://efoodalert.com/2022/02/20/cronobacter-and-powdered-infant-formula/amp/

[2] See Frequently Asked Questions by the Centres for Disease Control, CDC, in the USA: https://www.cdc.gov/cronobacter/technical.html

[3] IBFAN’s websites provide information in 3 languages: In English, French and Spanish: https://www.gifa.org/en/international-2/contaminants2/ Further articles in English: https://www.ibfan.org/contaminants-in-baby-foods/

[4] Lukewarm or tepid means 100°-110°F and 36.5°-40.5°C

[5] https://www.foodsafetynews.com/2022/02/multiple-countries-received-recalled-infant-formula-linked-to-deadly-outbreak/?fbclid=IwAR27tDozRKzt9yP3ByaTd53bqlEC3EVZrE8zO0ekuz65Yeg-RyFSkE1-Qe0

[6] https://www.cdc.gov/cronobacter/technical.html

[7] https://efoodalert.com/2022/02/20/cronobacter-and-powdered-infant-formula/amp/

[8] This recalls the 2017-2018 Lactalis scandal when the drying towers in one factory were contaminated. See endnote 2.

[9] https://www.fda.gov/food/outbreaks-foodborne-illness/fda-investigation-cronobacter-and-salmonella-complaints-powdered-infant-formula-february-2022

[10] https://www.foodsafetynews.com/2009/11/bacteria-in-formula-poses-risk-for-infants/

[11] https://academic.oup.com/cid/article/46/2/268/457688?login=false

[12] “The United States Food and Drug Administration, FDA, warns against using another powdered baby formula after a 2nd death”: https://www.npr.org/2022/03/01/1083696031/fda-warns-against-using-another-powdered-baby-formula-after-a-second-death?t=1646207848860

[13] https://www.prnewswire.com/news-releases/schlesinger-law-offices-pa-fights-for-families-in-toxic-baby-formula-class-action-lawsuit-against-abbott-laboratories-301487952.html

[14] https://www.cdc.gov/salmonella/reportspubs/surveillance.html

[15]  https://www.cdc.gov/cronobacter/technical.html

[16] https://corpora.tika.apache.org/base/docs/govdocs1/980/980335.html

[17]  https://www.who.int/publications/i/item/9789241595414 These 2007 Guidelines need revision to include all powdered formulas and to remove the word ‘safe’ because there is no such thing as safe formula feeding.

[18] https://www.who.int/publications/i/item/9789241595414

[19] https://corpora.tika.apache.org/base/docs/govdocs1/980/980335.html

[20] My 40-year history with Cronobacter/Enterobacter sakazakii – lessons learned, myths debunked, and recommendations https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fped.2015.00084/full

[21] EuroNews – The tip of the Iceberg:https://www.euronews.com/2018/01/17/lactalis-scandal-is-a-tip-of-the-iceberg-the-international-baby-food-action-network-says